Hernie discale : forcément grave, ou mythe à déconstruire ?
Publié le 6 mai 2026
Temps de lecture : 13 min

Le compte-rendu IRM qui a tout changé : en mal
Nicolas a 44 ans. Il est commercial, il roule beaucoup, il passe ses journées au téléphone avec un casque qui le fait pencher la tête à gauche. Depuis six semaines, il traîne une douleur lombaire basse accompagnée d'une irradiation électrique dans la jambe droite, la fameuse sciatique dont il entend parler depuis que ses collègues ont commencé à avoir "des problèmes de dos". Il a passé les premières semaines à se dire que ça allait passer. Ça n'a pas passé.
Son médecin lui a prescrit une IRM. Le rendez-vous a eu lieu trois semaines plus tard. Nicolas a récupéré le compte-rendu dans une enveloppe fermée et l'a ouvert dans sa voiture, sur le parking de la clinique. Il a lu la première phrase : "Hernie discale L4-L5 postérolatérale droite avec compression de la racine L5." Il a relu. Il a senti quelque chose se resserrer dans sa poitrine. Son dos était "abîmé". Il allait peut-être se faire opérer. Il ne pourrait peut-être plus courir, plus jouer au tennis, plus porter ses enfants sans risquer d'aggraver les choses.
Il a rappelé son médecin depuis la voiture. Celui-ci lui a dit que c'était "une hernie comme beaucoup de gens en ont" et qu'il fallait "voir comment ça évolue". Nicolas n'a pas trouvé cette réponse très rassurante. Il a passé le week-end à lire des forums sur les hernies discales. Il en est ressorti encore plus inquiet.
Trois semaines plus tard, il arrive dans notre cabinet avec le compte-rendu IRM dans une poche et l'inquiétude dans le regard. Il pose la feuille sur la table et demande : "C'est grave, ça ? Est-ce que je vais devoir me faire opérer ?"
C'est l'une des questions les plus fréquentes que nous entendons en cabinet d'ostéopathie. Et la réponse honnête, documentée, nuancée, est celle que Nicolas méritait depuis le parking de la clinique. Ni dramatisation ni minimisation. La réalité clinique d'une hernie discale, telle que la science la décrit.
Qu'est-ce qu'une hernie discale ? Anatomie et mécanismes

La structure du disque intervertébral
Pour comprendre ce qu'est une hernie discale, il faut d'abord comprendre ce qu'est un disque intervertébral, et ce qu'il fait.
Les disques intervertébraux sont des structures fibrocartilaginneuses situées entre chaque vertèbre, de C2-C3 jusqu'à L5-S1. Leur rôle est double : assurer la cohésion mécanique entre les vertèbres, et amortir les chocs transmis par la colonne lors des mouvements et du port de charges.
Chaque disque est composé de deux parties distinctes :
- Le nucleus pulposus (noyau pulpeux) : au centre, une substance gélatineuse, riche en eau et en protéoglycanes, qui assure les propriétés hydrauliques d'amortissement du disque. Chez l'adulte jeune, il contient environ 80 % d'eau. Avec l'âge, cette hydratation diminue progressivement, c'est ce qu'on appelle la discopathie dégénérative, un phénomène universel et physiologique.
- L'annulus fibrosus (anneau fibreux) : à la périphérie, plusieurs couches concentriques de fibres collagènes orientées en oblique, qui contiennent le noyau et transmettent les charges. C'est la résistance de l'anneau qui maintient le nucleus en place.
Le mécanisme de la hernie
Une hernie discale survient quand le noyau pulpeux fait saillie à travers une fissure de l'anneau fibreux. Ce phénomène peut se produire progressivement (en lien avec une dégénérescence discale, un microtraumatisme répété, une surcharge posturale chronique) ou de façon plus aiguë (lors d'un effort en flexion avec rotation, le classique "geste du jardinier").
Les cliniciens distinguent classiquement plusieurs degrés de hernie :
- La protrusion discale : le nucleus est déformé et fait "bomber" l'anneau sans le rompre totalement. Le matériel discal reste contenu. C'est la forme la plus légère et la plus facilement réversible.
- L'extrusion discale : le nucleus a traversé l'anneau et fait saillie dans le canal rachidien. Le matériel discal dépasse le contour du corps vertébral mais reste en continuité avec le disque.
- La séquestration discale : un fragment du nucleus s'est détaché et migre librement dans le canal rachidien. C'est la forme la plus volumineuse, et, paradoxalement, celle qui présente le meilleur taux de résorption spontanée, car le système immunitaire identifie le fragment comme du matériel "étranger" et le phagocyte activement.
Localisation et conséquences cliniques
La grande majorité des hernies discales symptomatiques se situent au niveau lombaire bas (L4-L5 et L5-S1 représentent environ 90 % des cas), et au niveau cervical (C5-C6 et C6-C7 principalement). La localisation de la saillie discale détermine en partie sa traduction clinique :
- Une hernie postérolatérale (la plus fréquente) peut comprimer une racine nerveuse au niveau du foramen de conjugaison, générant une radiculopathie, la douleur irradie dans le territoire de la racine concernée (sciatique pour L4-L5 ou L5-S1, cruralgie pour L3-L4, névralgie cervico-brachiale pour les cervicales).
- Une hernie médiane peut comprimer le canal rachidien lui-même, pouvant dans les cas extrêmes provoquer un syndrome de la queue de cheval (urgence neurochirurgicale).
- Une hernie foraminale comprime la racine dans le foramen lui-même.
Il est important de noter que la présence d'une hernie visible à l'IRM ne signifie pas automatiquement qu'elle est la cause de la douleur, comme nous allons le voir.
IRM et hernie discale : le paradoxe de l'image

Des hernies partout : et souvent aucune douleur
L'un des phénomènes les plus déroutants de la pathologie discale est la très mauvaise corrélation entre les images IRM et les symptômes cliniques. Ce constat, documenté depuis les années 1990, a été considérablement amplifié par les progrès de l'imagerie : plus les machines sont puissantes, plus elles détectent des "anomalies", dont beaucoup n'ont aucune traduction clinique.
L'étude devenue classique de Jensen et al. (1994), publiée dans le New England Journal of Medicine, a soumis 98 personnes sans douleur lombaire à une IRM lombaire. Résultat : 52 % présentaient une protrusion discale ou une hernie. Seulement 36 % avaient des disques normaux à tous les niveaux. Autrement dit, avoir une hernie discale "à l'image" est un phénomène courant, même chez des personnes sans la moindre douleur.
Une revue systématique de Brinjikji et al. (2015), analysant 33 études et plus de 3 000 personnes asymptomatiques, a confirmé et étendu ces données. La dégénérescence discale est présente chez 37 % des individus de 20 ans sans symptômes, et cette proportion atteint 96 % à 80 ans. Les protusions discales touchent 29 % des personnes de 20 ans sans douleur, et 43 % des personnes de 40 ans asymptomatiques.
Ces chiffres ont une conséquence directe pour la lecture des comptes-rendus IRM : trouver une hernie discale sur l'IRM d'un patient douloureux ne prouve pas que la hernie est la cause de la douleur. Elle peut l'être, mais elle peut aussi être un "incidentalome" (une découverte fortuite sans lien causal avec les symptômes), présente depuis des années sans avoir jamais provoqué la moindre gêne.
Pourquoi une même hernie peut être muette chez l'un et douloureuse chez l'autre
La réponse à cette question réside dans la complexité du système de traitement de la douleur. Une hernie discale peut potentiellement irriter une racine nerveuse par deux mécanismes distincts : un mécanisme mécanique (compression directe) et un mécanisme biochimique (libération de médiateurs inflammatoires, cytokines, prostaglandines, par le nucleus pulposus hernié, qui sensibilisent les fibres nerveuses environnantes même en l'absence de compression directe).
Ce deuxième mécanisme explique pourquoi la douleur ne correspond pas toujours à la taille ou à la position de la hernie. Il explique aussi pourquoi certains patients ont des douleurs intenses avec de petites hernies, et d'autres sont asymptomatiques malgré des hernies volumineuses.
À ces facteurs locaux s'ajoute l'état du système nerveux central. Chez certains individus, en particulier ceux dont la douleur est devenue chronique, le système nerveux peut s'être sensibilisé, amplifiant les signaux douloureux indépendamment de la taille ou de l'activité de la hernie (Nijs et al. 2011). Dans ces cas, l'imagerie peut montrer une amélioration de la hernie, alors que la douleur persiste, parce que la douleur n'est plus seulement "dans le disque", mais en partie dans le câblage nerveux lui-même.
Ce que l'IRM dit et ne dit pas
L'IRM lombaire est un outil puissant pour visualiser les structures discales. Elle est indispensable pour guider le chirurgien quand une intervention est envisagée. Elle permet d'éliminer des causes sérieuses (fracture, tumeur, infection). Mais elle a ses limites :
- Elle ne montre pas la douleur, elle montre des structures anatomiques
- Elle ne prédit pas l'évolution clinique, une grosse hernie peut régresser, une petite peut persister
- Elle ne remplace pas l'examen clinique, seul l'examen permet de corréler une image à des symptômes réels
- Elle peut générer de l'anxiété inutile en révélant des "anomalies" qui étaient là avant la douleur et qui y seront encore après
C'est pourquoi les recommandations internationales, dont celles de la Haute Autorité de Santé (HAS, 2019), déconseillent l'imagerie systématique dans les lombalgies communes sans signes d'alarme. Non pas pour économiser, mais parce que l'imagerie précoce est associée à de moins bons résultats cliniques, probablement via l'anxiété et la médicalisation excessives qu'elle génère.
L'évolution naturelle : la bonne nouvelle que personne ne dit assez
La majorité des hernies guérissent sans chirurgie
Voici ce que la littérature dit avec régularité et cohérence : dans la grande majorité des cas, une hernie discale s'améliore spontanément, sans chirurgie, en quelques semaines à quelques mois.
L'étude fondatrice de Saal et Saal (1989), publiée dans Spine, a suivi 64 patients avec hernie discale et radiculopathie documentée par IRM, traités de façon conservatrice (rééducation fonctionnelle intensive, sans chirurgie). Résultat : 90 % des patients ont obtenu un résultat clinique satisfaisant, retour au travail, diminution marquée de la douleur, récupération fonctionnelle, sans avoir été opérés. À une époque où la chirurgie discale était très couramment proposée, ces données ont représenté un vrai tournant dans la façon de penser la prise en charge.
L'étude de Weber (1983), avec un suivi prospectif sur dix ans, a comparé chirurgie et traitement conservateur dans une population de patients présentant une hernie discale avec radiculopathie : à quatre ans et à dix ans de suivi, les deux groupes présentaient des résultats similaires. La chirurgie donnait un avantage à court terme, soulagement plus rapide, mais cet avantage s'estompait avec le temps.
La résorption spontanée : quand le corps "digère" sa hernie
L'un des phénomènes les plus fascinants, et les plus mal connus du grand public, est la résorption spontanée des hernies discales. Des études d'imagerie de suivi ont montré que le matériel discal hernié peut se rétrécir progressivement, voire disparaître, sur des IRM réalisées à 6, 12 ou 24 mois d'intervalle.
Le mécanisme est biologique : le système immunitaire identifie le matériel du nucleus pulposus extrudé comme du tissu "anormal" (il n'est pas censé se trouver dans le canal rachidien). Des cellules inflammatoires, principalement des macrophages, infiltrent la hernie et la phagocytent progressivement. Ce processus prend du temps, mais il est naturel et documenté.
Komori et al. (1996) ont montré par IRM de suivi que les hernies ayant le plus fortement tendance à se résorber sont précisément les séquestrations, les fragments libres les plus volumineux. Dit autrement : la hernie la plus impressionnante à l'image n'est pas forcément celle qui persistera le plus longtemps. Cette donnée est souvent contre-intuitive pour les patients, et contre-intuitive pour les praticiens qui voudraient orienter vers la chirurgie en raison de la taille de la hernie.
Le facteur temps : la patience comme traitement
La plupart des guidelines cliniques recommandent d'attendre 6 à 12 semaines de traitement conservateur bien conduit avant d'envisager une chirurgie, sauf urgences neurologiques. Ce délai n'est pas arbitraire : il correspond à la fenêtre pendant laquelle le processus naturel de résorption et de récupération neurologique peut s'exprimer. Les patients qui font confiance à ce délai, qui restent actifs, et qui bénéficient d'un accompagnement adapté (rééducation, ostéopathie, éducation thérapeutique) ont toutes les chances de s'en sortir sans intervention chirurgicale.
Ce que je vois régulièrement en consultation : Jacquinot LIN, ostéopathe
La hernie discale est probablement le diagnostic, ou plutôt le résultat d'IRM, qui génère le plus d'anxiété chez les patients que je vois en cabinet. Et cette anxiété, je la comprends : quand on lit un compte-rendu radiologique avec des termes comme "hernie", "compression" ou "conflit disco-radiculaire", on imagine naturellement le pire.
Ce que je vois régulièrement en consultation, c'est ceci : des patients qui arrivent avec leur IRM sous le bras et une représentation de leur dos comme d'une structure fragile, endommagée, qu'il faut protéger à tout prix. Ces patients ont souvent réduit leurs activités, évitent de se pencher, ne portent plus rien, et ont arrêté le sport qu'ils pratiquaient depuis des années. Et paradoxalement, cette immobilisation progressive a souvent aggravé le tableau clinique, parce que les muscles se sont affaiblis, les articulations se sont raides, et le système nerveux central a interprété l'immobilité comme la confirmation que "bouger fait du mal".
La première chose que je fais, c'est de lire le compte-rendu IRM avec le patient, et de l'expliquer. De distinguer ce qui est une "anomalie" fréquente et souvent sans conséquence, de ce qui mérite attention. La question que je pose toujours : "Avant que la douleur commence, est-ce que vous fonctionniez normalement ?" Presque toujours, la réponse est oui. Ce qui signifie que le disque décrit à l'IRM existait probablement déjà, avec ses "anomalies", avant l'épisode douloureux. Ce n'est pas le disque qui a changé du jour au lendemain. C'est le contexte qui a changé : un faux mouvement, un stress professionnel intense, une période de surcharge physique, une accumulation de microtraumatismes.
Ce que les évaluations révèlent souvent, et que les patients ne savent pas, c'est que la douleur de Nicolas n'est pas entièrement expliquée par la hernie L4-L5. Elle est aussi entretenue par un psoas chroniquement tendu, une hanche droite peu mobile qui surcharge la région lombaire, des muscles fessiers sous-sollicités qui n'assurent plus leur rôle de stabilisation, et une posture en voiture qui maintient une contrainte continue sur les disques lombaires bas. Ces facteurs sont traiter, indépendamment de ce que fait le disque.
Ce que je ne peux pas affirmer, c'est que l'ostéopathie "guérit" les hernies discales. Elle ne fait pas disparaître la saillie discale visible à l'IRM. Ce qu'elle peut faire, et ce qu'elle fait, c'est réduire la douleur, améliorer la mobilité fonctionnelle, restaurer un contexte musculo-articulaire favorable à la récupération naturelle, et aider le patient à reprendre une activité progressive sans crainte. C'est déjà beaucoup.
Anatomie approfondie : pourquoi le contexte compte autant que la hernie
Le canal rachidien et la tolérance à la compression
Le canal rachidien, l'espace dans lequel cheminent la moelle épinière (jusqu'à L2) et les racines nerveuses (au-delà), n'a pas tous la même taille chez tous les individus. Certaines personnes ont un canal rachidien dit "étroit" (sténose constitutionnelle), chez qui une hernie même modeste peut comprimer significativement les racines. D'autres ont un canal large, où une hernie volumineuse peut rester longtemps asymptomatique parce qu'il y a encore assez de place pour les structures nerveuses.
Ce facteur anatomique individuel explique en partie pourquoi la même hernie peut provoquer des symptômes très différents chez deux patients différents.
Le rôle de l'inflammation locale
Le nucleus pulposus hernié libère des substances chimiques pro-inflammatoires, notamment des phospholipases A2, des cytokines (IL-1, TNF-α), et des prostaglandines, qui sensibilisent les fibres nerveuses environnantes. Cette inflammation locale peut provoquer une radiculopathie même en l'absence de compression mécanique directe. Elle explique aussi pourquoi les anti-inflammatoires sont souvent efficaces à court terme dans les hernies discales aiguës : ils réduisent cette composante chimique de l'irritation radiculaire.
L'inflammation est également le mécanisme de la résorption spontanée : les mêmes cellules immunitaires qui sécrètent des cytokines pour signaler la présence du matériel hernié sont aussi celles qui le phagocytent progressivement. C'est une forme d'auto-régulation biologique, à condition de lui laisser le temps de fonctionner.
Les muscles comme stabilisateurs de la colonne
On l'oublie souvent dans la fixation sur l'image IRM : les disques intervertébraux ne sont pas les seules structures qui maintiennent la colonne en place. Les muscles profonds du dos, en particulier le transverse de l'abdomen, les multifides et le plancher pelvien, forment un véritable corset musculaire actif qui réduit les contraintes sur les disques lors de chaque mouvement.
Or, en réponse à la douleur, ces muscles profonds ont tendance à s'inhiber, le corps "débranche" le corset musculaire comme mécanisme de protection. Ce phénomène a été documenté chez les patients lombalgiques : les multifides du côté douloureux présentent souvent une atrophie visible à l'IRM dès les premières semaines après un épisode aigu. Cette perte musculaire augmente les contraintes discales et prédispose aux récidives.
C'est l'une des raisons fondamentales pour lesquelles le repos prolongé aggrave le pronostic : l'immobilité accélère l'atrophie des muscles stabilisateurs, ce qui fragilise davantage la colonne que la hernie elle-même.
Activité physique : bouger pour guérir
Le repos prolongé est contre-productif
L'instinct de protection, rester allongé pour "laisser cicatriser", est compréhensible mais contre-productif dans les hernies discales. Une étude désormais classique de Vroomen et al. (1999), publiée dans le New England Journal of Medicine, a comparé le repos au lit vs la poursuite des activités habituelles dans des patients avec sciatique. Résultat : aucune différence significative en faveur du repos, les deux groupes évoluaient de la même façon, avec même une légère tendance à de meilleurs résultats dans le groupe "activité normale".
Les recommandations de la HAS (2019) sont explicites : le repos au lit n'est pas recommandé, et le maintien d'une activité physique adaptée est l'une des interventions les plus efficaces pour la lombalgie commune avec ou sans hernie discale.
Pourquoi le mouvement aide
Le mouvement agit favorablement sur la hernie discale à plusieurs niveaux :
- Mécanique : le disque intervertébral n'est pas vascularisé chez l'adulte. Il se nourrit par imbibition, les mouvements de compression et de décompression lors de la marche ou des exercices font circuler les nutriments dans le disque et favorisent l'élimination des déchets métaboliques. L'immobilité prive le disque de cette nutrition.
- Musculaire : le mouvement entretient le corset musculaire profond qui décharge les disques. L'inactivité provoque une atrophie progressive des stabilisateurs lombaires.
- Neurologique : le mouvement module les signaux nociceptifs via les mécanorécepteurs articulaires et musculaires. Il génère une inhibition compétitive des signaux douloureux au niveau médullaire.
- Psychologique : reprendre le mouvement malgré la douleur (de façon progressive et guidée) reconstruit la confiance en son corps et réduit la kinésiophobie, la peur du mouvement qui est l'un des principaux facteurs de chronicisation.
Quel type d'activité ?
La marche est l'activité de base recommandée : accessible, faible impact, efficace pour la nutrition discale. La natation (surtout le dos crawl ou la brasse pour les lombaires) est excellente. Le vélo en position droite (pas de course en position penchée). Les exercices de renforcement progressif du gainage profond, encadrés par un kinésithérapeute ou un coach formé.
Les activités à fort impact (course à pied, sports de raquette) ne sont pas forcément interdites, mais elles demandent un retour progressif, guidé par l'évolution des symptômes. La règle pratique : si la douleur diminue dans les heures suivant l'activité, c'est un bon signe. Si elle augmente de façon persistante, l'intensité est trop élevée.
La chirurgie : quand, pourquoi, avec quels résultats ?
Les indications relatives
En dehors de ces urgences, la chirurgie discale est une indication relative, c'est-à-dire qu'elle peut être proposée, mais qu'elle doit être discutée, pesée, et précédée d'un traitement conservateur sérieux.
Les principales indications relatives sont :
- Échec du traitement conservateur bien conduit après 6 à 12 semaines : douleur radiculaire persistante invalidante malgré rééducation, ostéopathie, traitement médicamenteux adapté
- Altération majeure de la qualité de vie : douleur incoercible empêchant tout sommeil, toute activité, malgré un traitement médical maximal
- Désir éclairé du patient : après information complète sur les alternatives et les résultats comparatifs à long terme
Ce que la chirurgie fait : et ce qu'elle ne fait pas
L'étude de Peul et al. (2007), publiée dans le New England Journal of Medicine, a comparé chirurgie précoce et traitement conservateur prolongé dans des patients avec sciatique par hernie discale. Résultat : la chirurgie donnait un soulagement plus rapide, les opérés allaient nettement mieux à 8 semaines. Mais à 52 semaines, les deux groupes présentaient des résultats équivalents : même niveau de douleur, même fonction, même qualité de vie.
Weber (1983) avait montré la même convergence à 4 ans et à 10 ans dans sa cohorte prospective : les résultats à long terme étaient similaires entre les deux stratégies.
En d'autres termes : la chirurgie "achète du temps". Elle raccourcit la période douloureuse aiguë. Mais elle ne garantit pas de meilleurs résultats à distance, et elle ne protège pas des récidives, qui peuvent survenir sur un autre disque ou parfois sur le même niveau.
La décision chirurgicale est donc avant tout une décision de temporalité et de qualité de vie immédiate : certains patients ne peuvent tout simplement pas attendre 6 mois que leur hernie régresse naturellement, leur vie professionnelle, familiale ou psychologique l'impose. Dans ces cas, la chirurgie est légitime et utile. Mais elle ne doit jamais être présentée comme l'unique solution, ni comme une garantie de résultat définitif.
Le rôle de l'ostéopathie dans la hernie discale
Ce que l'ostéopathie ne fait pas
Soyons directs sur ce point : un ostéopathe ne peut pas "remettre" un disque hernié en place. Les techniques manuelles n'ont pas le pouvoir mécanique de réintégrer un nucleus pulposus extrudé dans son annulus. Cette affirmation, parfois entendue par des patients, est anatomiquement impossible.
L'ostéopathie ne guérit pas non plus les hernies discales dans le sens où elle les ferait disparaître à l'image. La résorption spontanée est un processus biologique qui se déroule sur sa propre temporalité, indépendamment des techniques manuelles.
Ce que l'ostéopathie fait vraiment
En revanche, l'ostéopathie peut contribuer de façon significative à la prise en charge d'une hernie discale symptomatique, en agissant sur plusieurs dimensions du problème.
La réduction de la douleur : les techniques manuelles agissent sur les mécanorécepteurs articulaires et les fibres musculaires, génèrent une inhibition des signaux nociceptifs au niveau médullaire, et stimulent la libération d'opioïdes endogènes (Bialosky et al. 2009). Ces mécanismes permettent de réduire la douleur de façon réelle et mesurable, sans agir directement sur la hernie.
La restauration de la mobilité : une hernie discale s'accompagne presque toujours d'une raideur articulaire réflexe au niveau des segments adjacents et d'un spasme musculaire protecteur. L'ostéopathe peut libérer ces restrictions, restaurer une mobilité normale du rachis et réduire les contraintes compensatoires sur les régions saines.
Le traitement des compensations : quand le rachis lombaire est douloureux, le corps compense en modifiant son mode de fonctionnement, la hanche du côté opposé surcharge, le rachis dorsal se rigidifie pour protéger le lombaire, les cervicales s'adaptent à la nouvelle posture. Ces compensations, si elles ne sont pas traitées, deviennent elles-mêmes des sources de douleur. L'ostéopathie s'occupe de l'ensemble du système, pas seulement du niveau discal concerné.
Le travail sur le contexte musculaire : l'évaluation ostéopathique identifie les déséquilibres musculaires qui ont pu favoriser la hernie (psoas tendu, fessiers faibles, diaphragme bloqué) et qui entretiennent la douleur. Des techniques de relâchement myofascial et d'inhibition musculaire réduisent ces tensions et facilitent la réactivation musculaire progressive.
L'éducation et la dédramatisation : expliquer au patient ce qu'est vraiment une hernie discale, ce que dit la science sur son évolution naturelle, pourquoi il peut reprendre une activité progressive, tout cela fait partie de la consultation ostéopathique. Ce travail d'éducation a un impact mesurable sur l'anxiété, la kinésiophobie et les résultats à long terme.
Il est important que l'ostéopathe sache reconnaître les contre-indications à la manipulation directe dans un contexte de hernie discale : une hernie avec déficit neurologique progressif, un syndrome de la queue de cheval débutant, une hernie cervicale avec signe de la corde (myélopathie cervicale), dans ces situations, les manipulations à haute vélocité sont contre-indiquées, et l'orientation médicale prime.
Notre approche au cabinet
Lorsqu'un patient consulte pour une hernie discale, avec ou sans compte-rendu IRM à la main, voici comment nous travaillons, Jacquinot LIN et Victor Aublivé, dans notre cabinet.
- Lire l'IRM avec le patient : si le patient dispose d'un compte-rendu, nous le lisons ensemble. Nous expliquons les termes techniques, nous contextualisons les "anomalies" trouvées par rapport aux données épidémiologiques (beaucoup de ces anomalies sont présentes chez des personnes sans douleur), et nous distinguons clairement ce qui est probablement une cause clinique de ce qui est un phénomène de fond, physiologique et lié à l'âge.
- Un examen clinique rigoureux pour corréler l'image à la réalité : nous évaluons systématiquement la mobilité rachidienne, les réflexes ostéotendineux, la sensibilité cutanée, la force musculaire des membres. Si un signe neurologique inquiétant est présent (déficit sensitivo-moteur progressif, signe de la queue de cheval), nous orientons immédiatement vers un avis médical, l'ostéopathie n'est pas la bonne réponse à une urgence neurologique.
- Dédramatiser sans minimiser : la hernie discale est fréquemment grave dans l'imaginaire du patient, et souvent bénigne dans la réalité clinique. Nous expliquons l'évolution naturelle favorable documentée, la résorption spontanée, les données des études comparatives chirurgie/conservateur. Nous ne promettons pas de guérison rapide, mais nous ne laissons pas le patient avec la croyance que son dos est définitivement "fichu".
- Le traitement des restrictions et compensations : nous travaillons les zones de raideur articulaire (hanches, rachis dorsal, sacro-iliaques), les tensions musculaires (psoas, carré des lombes, multifides, piriforme), et les dysfonctions diaphragmatiques qui augmentent la pression abdominale sur les disques lombaires. Ce travail de fond est aussi important que le traitement du segment douloureux.
- Des techniques adaptées à l'état aigu ou chronique : en phase aiguë, nous privilégions les techniques douces, mobilisation passive, relâchement myofascial, techniques inhibitrices. Les manipulations à haute vélocité sur le segment hernié sont évitées dans les premières semaines. En phase subaiguë et chronique, le spectre des techniques s'élargit selon l'évolution clinique.
- Un programme d'exercices dès la première séance : marche progressive, exercices doux de renforcement du gainage profond, étirements ciblés, nous donnons au patient les outils pour travailler entre les séances. La reprise d'activité physique est expliquée, encouragée et dosée progressivement.
- La collaboration avec les autres professionnels : hernie discale + radiculopathie = prise en charge idéalement pluridisciplinaire. Nous travaillons en lien avec le médecin traitant, le rhumatologue, le kinésithérapeute de rééducation, et si besoin le chirurgien ou l'algologue. Notre rôle est d'être un maillon utile d'une chaîne de soins coordonnée, pas de tout faire seuls.
- Réévaluer à chaque séance : l'évolution d'une hernie discale symptomatique peut être rapide. Si les symptômes s'améliorent, nous espacons les consultations. Si un déficit neurologique apparaît ou s'aggrave, nous réorientons sans délai vers un bilan médical. La surveillance clinique fait partie intégrante de la prise en charge.
- Un suivi réaliste dans le temps : la récupération d'une hernie discale prend en général plusieurs semaines à plusieurs mois. Nous préparons le patient à cette temporalité, pour qu'il n'abandonne pas le traitement conservateur au bout de trois semaines parce que "ça ne va pas assez vite". La patience et la régularité sont des éléments thérapeutiques à part entière.
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Références scientifiques
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