Syndrome du canal carpien : et si la vraie compression n'était pas au poignet ?
Publié le 6 mai 2026
Temps de lecture : 15 min
Commençons par une histoire vraie
Isabelle a 52 ans. Elle arrive à la première consultation avec un air un peu résigné. La chirurgie est programmée dans quatre semaines — « pour le poignet droit », précise-t-elle en tendant la main gauche pour montrer sa cicatrice : « Le gauche, c'est fait depuis neuf mois. Ça va mieux... un peu. »
Elle dort mal depuis des années. Les fourmillements dans les doigts la réveillent. Serrer la main d'un client lui laisse parfois les doigts engourdis plusieurs minutes. Son chirurgien lui a montré l'électromyogramme : conduction ralentie au niveau du canal carpien, bilatérale. Pas de doute pour lui.
Mais Isabelle se plaint aussi de douleurs qui « remontent vers l'épaule », d'une tension dans le cou « depuis des années », d'une fatigabilité du bras en fin de journée. Ces éléments-là ne figurent pas dans le compte-rendu.
À l'examen, les tests au poignet sont positifs — Phalen, Durkan. Mais plusieurs autres le sont aussi : la compression foraminale cervicale en C6-C7, l'élévation du membre supérieur sous traction, la manœuvre costo-claviculaire.
Le nerf médian n'est pas comprimé qu'au poignet.
Cette consultation, nous la vivons plusieurs fois par mois. Parfois avec un poignet déjà opéré, parfois avec une date de bloc déjà fixée. Et chaque fois, la même question s'impose : a-t-on vraiment cherché d'où vient la compression ?
L'essentiel en 30 secondes
- Le syndrome du canal carpien est la neuropathie compressive la plus fréquente : elle touche environ 3 à 6 % de la population adulte
- Le diagnostic repose sur des symptômes typiques et une confirmation électrophysiologique — mais des zones d'ombre existent
- Le nerf médian naît au niveau cervical (C6-C7-C8) et traverse plusieurs passages anatomiques étroits avant d'atteindre le poignet
- Une compression à un ou plusieurs niveaux supérieurs peut provoquer des symptômes indiscernables d'un « vrai » canal carpien
- L'évaluation ostéopathique par clusters de tests orthopédiques permet d'orienter le diagnostic vers la source réelle
- Des traitements non invasifs méritent d'être testés avant toute chirurgie, particulièrement lorsque la compression n'est pas isolée au poignet
Syndrome du canal carpien : ce qu'on sait, ce qu'on ressent

Définition
Le syndrome du canal carpien (SCC) désigne la compression du nerf médian à l'intérieur du tunnel carpien, un passage anatomique étroit situé à la face palmaire du poignet. Ce tunnel est formé par les os du carpe — comme un « U » — et le ligament annulaire du carpe qui referme ce « U » à son sommet. À l'intérieur passent neuf tendons fléchisseurs et, serré entre eux, le nerf médian. Quand la pression dans ce tunnel augmente, le nerf est comprimé, sa conduction perturbée, et les symptômes apparaissent.
Symptômes typiques
- Fourmillements et engourdissements dans les trois premiers doigts et la moitié du quatrième (territoire du nerf médian), souvent nocturnes ou matinaux
- Douleur au poignet, parfois irradiant vers l'avant-bras ou l'épaule
- Maladresse fine : boutonner, tenir un stylo, saisir de petits objets
- Dans les cas avancés : atrophie de l'éminence thénar, déficit de force
Épidémiologie
L'étude de référence conduite par Atroshi et al. (1999) sur une population de 3 000 adultes a trouvé une prévalence de 3,8 % pour le SCC symptomatique confirmé électrophysiologiquement, avec une nette prédominance féminine. En France, plus de 100 000 interventions chirurgicales sont réalisées chaque année pour cette indication — ce qui en fait l'une des opérations les plus pratiquées en chirurgie de la main.
Le diagnostic classique — et ses angles morts
Comment on pose le diagnostic
Le diagnostic repose sur trois piliers :
- Clinique : symptômes typiques + tests manuels (signe de Phalen, test de Durkan, signe de Tinel au poignet)
- Électrophysiologique : l'électromyogramme (EMG) confirme le ralentissement de conduction du nerf médian au niveau du tunnel
- Exclusion : élimination des autres causes de neuropathie (diabète, hypothyroïdie, rhumatisme inflammatoire)
Le test de Durkan (compression directe du canal) affiche une sensibilité d'environ 64 % et une spécificité de 83 % selon la méta-analyse de D'Arcy & McGee (2000). Le test de Phalen (flexion maximale des poignets pendant 60 secondes) présente des performances similaires. Ce sont des outils utiles — mais ils ne testent que le poignet.
Les trois angles morts
Angle mort 1 — L'EMG ne localise pas toujours bien la source
L'électromyogramme mesure la conduction au point de compression. Si la compression principale est plus haute — racine cervicale ou défilé thoracique — le ralentissement mesuré au poignet peut être secondaire, reflet d'un nerf sensibilisé sur tout son trajet, pas d'une compression carpienne primaire.
Angle mort 2 — Une radiculopathie C6 ressemble parfaitement à un SCC
Une hernie discale ou une sténose foraminale au niveau C6-C7 produit exactement les mêmes symptômes : fourmillements dans le pouce, l'index et le majeur, douleur nocturne, irradiation vers l'épaule. Sans examen cervical systématique, le diagnostic passe à côté.
Angle mort 3 — Le « double crush » n'est pas cherché
Le concept de double crush — deux points de compression modérée sur un même nerf qui se potentialisent — est documenté dans la littérature depuis les travaux de Upton & McComas (1973). Pourtant, son dépistage n'entre pas dans le bilan standard pré-opératoire.
Mon expérience personnelle en consultation — Victor Aublivé, ostéopathe D.O.
La section qui suit décrit des observations cliniques personnelles, appuyées sur une pratique quotidienne et mises en perspective avec la littérature existante. Elle ne se substitue pas à un bilan médical complet.
Ce que je vois régulièrement
Depuis que je suis ostéopathe D.O., un schéma se répète avec une fréquence que je ne pouvais plus ignorer.
Une proportion significative des patients qui viennent pour ce qui est diagnostiqué comme un syndrome du canal carpien arrivent dans l'une de ces deux situations :
- Un poignet déjà opéré d'un côté, avec des symptômes identiques qui réapparaissent sur l'autre poignet — parfois sur le côté opéré quelques années plus tard
- Une date d'opération déjà fixée, avec un EMG qui « confirme » la compression au poignet, mais un examen clinique qui n'a jamais ciblé les structures situées en amont
À chaque fois, je commence par un examen complet du membre supérieur dans sa globalité — pas uniquement le poignet. Et dans une majorité de ces cas, les tests orthopédiques signalent des zones de compression supplémentaires, plus hautes dans le trajet du nerf médian.
Les quatre zones que j'évalue systématiquement
1. La racine cervicale
Le nerf médian est principalement formé par les racines C6, C7 et C8. Une hernie discale ou une sténose foraminale à ces niveaux peut comprimer la racine avant même qu'elle rejoigne le plexus brachial. C'est une radiculopathie cervicale.
Pour l'évaluer, j'utilise un cluster de tests validé dans la littérature, inspiré des travaux de Wainner et al. :
- Le test de Spurling (compression foraminale en rotation et inclinaison latérale homolatérale)
- Le test de distraction cervicale (soulagement si on décomprime la colonne)
- Le test de tension nerveuse du membre supérieur — ULTT1 médian
- La rotation cervicale ipsilatérale inférieure à 60°
Quand trois de ces quatre critères sont positifs, la probabilité de radiculopathie cervicale devient cliniquement significative.
2. La pince costo-claviculaire
Le plexus brachial sort du cou, descend entre les muscles scalènes, puis passe dans l'espace étroit entre la première côte et la clavicule. En cas de tension importante des scalènes, de posture affaissée, ou de morphologie particulière, cet espace se réduit et comprime les faisceaux nerveux. C'est le défilé costo-claviculaire — une composante du syndrome du défilé thoracique.
Pour le tester :
- La manœuvre de Roos : bras en abduction à 90°, coudes fléchis, ouverture-fermeture répétées des poings pendant 3 minutes — positif si reproduction des symptômes
- La manœuvre costoclaviculaire : épaules en hyper-extension et dépression
- La manœuvre d'Adson : rotation cervicale homolatérale avec inspiration forcée
Important : l'abolition du pouls seul n'est pas diagnostique — c'est la reproduction des symptômes du patient qui compte.
3. La région sous-coracoïdienne
Plus distalement, le plexus passe sous le muscle petit pectoral avant de rejoindre le bras. Une hypertonie chronique de ce muscle — très fréquente chez les personnes qui travaillent beaucoup en position assise avec les épaules enroulées — constitue un point de compression supplémentaire, connu sous le nom de syndrome du petit pectoral.
4. Le canal carpien — dernier maillon de la chaîne
Le poignet est évalué en dernier, avec les tests classiques (Phalen, Durkan, Tinel). Mais si plusieurs points supérieurs sont positifs, l'interprétation change : la compression au poignet est peut-être réelle, mais elle n'est peut-être pas la source principale. Elle peut être la conséquence d'une sensibilisation du nerf sur toute sa longueur.
Ce que les résultats me donnent à observer
Dans mon expérience quotidienne, les régions cervicale et de l'épaule sont impliquées dans une très grande majorité des cas de "SCC" que je reçois. Ce n'est que rarement une compression strictement localisée au poignet.
Ce n'est pas une remise en cause de la réalité du syndrome du canal carpien — il existe, peut nécessiter une chirurgie, et la décompression donne de bons résultats dans les formes pures et sévères. Mais dans les formes modérées, bilatérales, ou avec symptomatologie ascendante, une évaluation complète du nerf sur tout son trajet est, selon moi, indispensable avant toute décision chirurgicale.
La question que je pose systématiquement avant une opération
Est-ce que le problème est uniquement au poignet, ou le poignet est-il la conséquence d'une compression plus haute ?
Si la réponse est « uniquement au poignet » — la chirurgie peut être tout à fait appropriée.
Si la réponse est « compression à plusieurs niveaux » — opérer le poignet sans traiter les causes supérieures revient à couper une alarme incendie pour ne plus entendre la sonnerie. Le nerf reste sensibilisé, les symptômes risquent de persister ou de réapparaître du côté opposé.
Le nerf médian ne commence pas au poignet
Pour comprendre pourquoi une compression distante peut produire des symptômes au poignet, il faut suivre la route complète du nerf médian.

De la moelle épinière au bout des doigts
1. Les racines cervicales (C6, C7, C8, T1)
Le nerf médian est formé par la convergence de fibres issues de quatre racines qui sortent de la moelle épinière par les foramens intervertébraux — de petits canaux osseux entre chaque vertèbre. En cas de hernie discale ou de spondylarthrose, ces canaux se rétrécissent et compriment la racine à sa sortie : c'est une radiculopathie.
2. Le plexus brachial
Les racines se regroupent dans le creux sus-claviculaire pour former le plexus brachial. Le plexus passe entre les muscles scalènes antérieur et moyen — une zone fréquemment tendue chez les personnes en posture « tête en avant ».
3. Le défilé costo-claviculaire
Le faisceau nerveux descend ensuite entre la clavicule et la première côte. Un rétrécissement de cet espace — par tension musculaire, anomalie osseuse, ou posture affaissée — peut comprimer l'ensemble des nerfs destinés au membre supérieur.
4. Le passage sous le petit pectoral
Juste avant d'atteindre le bras, les nerfs passent sous le muscle petit pectoral. Un muscle chroniquement contracté représente un point de compression supplémentaire.
5. Le coude et l'avant-bras
Le nerf médian passe sous l'aponévrose du biceps puis entre les deux chefs du muscle pronateur rond au coude. C'est le syndrome du pronateur — moins connu, mais réel.
6. Le canal carpien
Enfin, le nerf entre dans le tunnel carpien. C'est là que le « syndrome du canal carpien » au sens strict se situe.
Pourquoi chaque point compte
Une compression modérée à un seul niveau peut être asymptomatique. Mais lorsque deux ou trois points sont comprimés simultanément — même légèrement — leurs effets se cumulent et dépassent le seuil symptomatique. C'est le principe du double crush.
Le « double crush » — ce que dit la science
L'hypothèse fondatrice
En 1973, Upton et McComas publient dans The Lancet un article qui allait changer la façon de penser les neuropathies compressives. Leur observation : chez des patients opérés d'un SCC, une proportion élevée présente également une compression de la racine cervicale associée.
Leur hypothèse : une compression proximale altère le flux axoplasmique — le transport des protéines et nutriments qui circulent le long du nerf. Ce nerf, déjà fragilisé, devient alors bien plus vulnérable à une deuxième compression distale, même légère, qui suffit à déclencher les symptômes.
Ce que la littérature a confirmé depuis
- La coexistence d'une radiculopathie cervicale et d'un SCC est documentée dans 20 à 70 % des cas selon les études et les populations (Mackinnon, 2002)
- La chirurgie du canal carpien donne de moins bons résultats quand une compression cervicale associée n'est pas identifiée et traitée
- La correction de la compression proximale peut, dans certains cas, soulager les symptômes distaux sans intervention au poignet
Les limites du concept
Le double crush reste un sujet de débat. Certains auteurs contestent la solidité des preuves mécanistiques directes. Les études présentent des biais méthodologiques et des définitions variables.
Mais suffisamment de preuves cliniques et anatomo-physiologiques s'accumulent pour qu'ignorer les sites supérieurs dans un bilan pré-opératoire soit difficile à justifier.
Comment différencier : les clusters de tests orthopédiques
Pourquoi combiner les tests
Un test clinique isolé a ses limites. Sa sensibilité et sa spécificité dépassent rarement 80 % pour les tests musculo-squelettiques. En revanche, combiner plusieurs tests dans un cluster améliore significativement la précision diagnostique.
Pour évaluer une radiculopathie cervicale
Cluster de Wainner (4 tests) :
- Test de Spurling positif (reproduction des symptômes)
- Test de distraction cervicale positif (soulagement)
- ULTT1 médian positif (reproduction des symptômes)
- Rotation cervicale ipsilatérale < 60°
Si 3 ou 4 tests sur 4 sont positifs → probabilité élevée de radiculopathie cervicale.
Pour évaluer le défilé thoracique
- Manœuvre de Roos : bras à 90° d'abduction, rotation externe, coudes fléchis — ouverture et fermeture répétées des mains pendant 3 minutes → positif si reproduction des symptômes
- Manœuvre costo-claviculaire : épaules en hyper-extension et dépression → positif si reproduction des symptômes
- Manœuvre d'Adson : rotation cervicale homolatérale + inspiration forcée → abolition du pouls + symptômes
Pour le canal carpien lui-même
| Test | Sensibilité | Spécificité |
|---|---|---|
| Test de Durkan | ~64 % | ~83 % |
| Signe de Phalen | ~68 % | ~73 % |
| Signe de Tinel | ~50 % | Élevée |
L'interprétation combinée
| Schéma | Tests poignet | Tests cervicaux / défilé | Orientation |
|---|---|---|---|
| A | Positifs | Négatifs | Compression localisée au canal carpien — discuter chirurgie si forme sévère |
| B | Positifs | Positifs | Double crush probable — traiter niveaux supérieurs en premier, réévaluer à 6-8 sem. |
| C | Modérément positifs | Très positifs | Radiculopathie cervicale au premier plan — rééducation avant chirurgie au poignet |
| D | Négatifs | Défilé positifs isolés | Syndrome du défilé thoracique — prise en charge spécifique |
Ce que disent les recommandations internationales
La Haute Autorité de Santé (HAS) et les recommandations internationales (NICE, AAOS) s'accordent sur une hiérarchie thérapeutique claire :
Première ligne — Traitements non invasifs
- Attelle de poignet en position neutre portée la nuit
- Corticostéroïdes en injection intra-tunnel (soulagement documenté à 4-6 semaines, parfois jusqu'à 6 mois)
- Physiothérapie : mobilisations nerveuses, correction posturale, modification des activités
- Traitement des facteurs de risque : régulation pondérale, équilibre glycémique, ergonomie
Deuxième ligne — Chirurgie
Indiquée en cas d'échec des traitements conservateurs bien conduits OU en cas de forme sévère d'emblée (atrophie thénar, déficit moteur, bloc de conduction important à l'EMG).
Ce que les recommandations ne traitent pas : la conduite à tenir en cas de double crush ou de compression multi-niveaux. C'est une lacune réelle des guidelines actuelles — et une raison de plus pour qu'une évaluation complète précède toute décision.
Les options non invasives — avant l'opération, quoi tester ?
Si l'évaluation clinique oriente vers une compression multi-niveaux, les options suivantes méritent d'être tentées pendant 6 à 8 semaines avant de reconsidérer la chirurgie.
1. L'ostéopathie — ciblage des compressions supérieures
L'ostéopathie peut agir sur les tensions musculaires et fasciales au niveau des régions cervicale, de la ceinture scapulaire et du défilé thoracique. Techniques de mobilisation cervicale douce, relâchement des scalènes et du petit pectoral, travail sur la mobilité thoracique supérieure.
L'objectif n'est pas de « remettre des os en place » — c'est de réduire les tensions tissulaires qui rétrécissent les espaces de passage nerveux et contribuent à l'irritation du nerf médian sur son trajet.
2. La neurodynamique — mobilisation du nerf lui-même
Les techniques de mobilisation nerveuse (neural flossing, slider techniques) visent à restaurer la mobilité du nerf le long de son trajet, réduire son adhérence aux structures environnantes et désamorcer la sensibilisation. Elles sont pratiquées par les ostéopathes et les kinésithérapeutes spécialisés.
3. Le renforcement et la correction posturale
Un programme de renforcement des stabilisateurs de l'épaule et de rétraction scapulaire peut contribuer à libérer durablement le défilé thoracique. Associé à une correction ergonomique du poste de travail, il s'attaque aux causes de fond.
4. L'attelle nocturne
En parallèle de tout ce qui précède, le port d'une attelle de poignet en position neutre la nuit reste utile même en cas de double crush. Elle réduit la pression au tunnel carpien pendant le sommeil et améliore la qualité du repos, ce qui favorise la récupération nerveuse.
5. Un cadre clair et une réévaluation systématique
On pose un cadre : 6 à 8 semaines de traitement actif, réévaluation des symptômes et des tests orthopédiques. Si l'amélioration est significative, on continue. Si les symptômes persistent malgré un traitement bien conduit et que les tests pointent toujours vers le poignet comme source principale, la chirurgie reste une option pertinente et efficace.
Notre approche au cabinet — Jacquinot LIN & Victor Aublivé
1. Un bilan complet, pas seulement du poignet
La première séance est une séance d'investigation. On prend le temps d'écouter l'histoire complète : depuis quand, comment ça évolue, bilatéral ou non, cicatrices d'opération, examens déjà réalisés, ce qui a été essayé. Puis on évalue systématiquement l'ensemble du membre supérieur : cervicales, plexus brachial, défilé thoracique, épaule, coude, avant-bras, poignet, main.
2. Des clusters de tests validés scientifiquement
On n'utilise pas des tests au hasard. L'évaluation repose sur des batteries de tests dont la précision diagnostique a été étudiée dans la littérature. On cherche à orienter, à probabiliser — pas à poser un diagnostic définitif, qui reste la compétence du médecin.
3. Une transparence totale sur ce qu'on trouve
- Tests pointant uniquement vers le poignet — on le dit, on travaille en appui du traitement médical, on ne remet pas en question l'indication chirurgicale
- Tests pointant vers des compressions supérieures — on l'explique, on propose un essai thérapeutique ciblé, on reste en lien avec le médecin traitant ou le chirurgien
- Tableau mixte — on dit que c'est mixte, on construit un plan avec des objectifs mesurables et des points de réévaluation
4. Zéro dépendance, autonomie maximale
L'objectif n'est pas que vous reveniez indéfiniment. On vous donne les clés : exercices de mobilisation nerveuse, conseils posturaux, signes à surveiller, quand reconsulter. On mesure les progrès. On arrête quand c'est fait.
5. Collaboration avec l'équipe médicale
Si vous avez un rendez-vous préopératoire, on peut vous préparer un compte-rendu de notre évaluation clinique. On travaille également en parallèle d'une prise en charge kinésithérapique — en s'assurant que nos messages sont cohérents.
FAQ — Les questions que vous vous posez sûrement
L'ostéopathie peut-elle guérir un syndrome du canal carpien ?
Pas dans tous les cas. Dans les formes sévères — atrophie musculaire, bloc nerveux important à l'EMG — la chirurgie reste l'option la plus efficace et il ne faut pas la reporter. Mais dans les formes légères à modérées, ou lorsque la compression n'est pas isolée au poignet, une prise en charge ciblée peut réduire significativement les symptômes — parfois suffisamment pour rendre l'opération inutile.
Mon EMG confirme la compression au poignet. Est-ce qu'une compression cervicale peut quand même exister ?
Oui. L'EMG confirme une atteinte du nerf médian au poignet — il ne dit pas que c'est la seule atteinte. Les deux peuvent coexister, et c'est justement ce double crush qui aggrave les symptômes et peut expliquer les récidives après chirurgie.
Pourquoi mon chirurgien n'a pas testé les cervicales ?
Ce n'est pas son domaine direct. Son expertise est d'opérer efficacement et en sécurité — et il le fait très bien. L'évaluation globale du membre supérieur est davantage dans le champ de la médecine physique, de l'ostéopathie ou de la kinésithérapie spécialisée. Ce n'est pas une critique — c'est une question d'organisation des soins.
Si j'annule mon opération et que ça empire ?
Dans les formes sévères avec déficit moteur ou atrophie thénar, le report de la chirurgie n'est pas recommandé — les lésions nerveuses peuvent devenir irréversibles. En revanche, dans les formes légères à modérées, un essai non invasif de 6 à 8 semaines est généralement sans risque, à condition de réévaluer régulièrement et de ne pas traîner si ça ne s'améliore pas.
Le syndrome du défilé thoracique, c'est rare ?
Moins rare qu'on ne le croit. Sa prévalence exacte est difficile à établir car les critères diagnostiques varient, mais sa forme neurologique est bien documentée — et de nombreux experts estiment qu'elle est largement sous-diagnostiquée, notamment parce que ses symptômes imitent parfaitement ceux du SCC.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Impossible à dire à l'avance. En règle générale, on pose un cadre de 3 à 5 séances sur 6 à 8 semaines, avec réévaluation à mi-parcours. Si l'amélioration est insuffisante, on ajuste ou on oriente vers d'autres ressources (kinésithérapeute spécialisé, médecin du sport, rhumatologue).
Mythes & réalités
« Le canal carpien, c'est le prix à payer du travail sur ordinateur »
Réalité nuancée. Le travail sur clavier augmente le risque, mais c'est surtout la posture globale — épaules enroulées, tête en avant, poignets fléchis — et la répétitivité qui créent les conditions d'une compression. La même charge de travail avec une ergonomie correcte a un profil de risque très différent.
« L'opération règle définitivement le problème »
Vrai dans les bonnes indications. Mais les études de suivi à long terme montrent des taux de récidive non négligeables, notamment quand les facteurs posturaux et mécaniques persistent — ou quand une compression proximale n'a pas été identifiée et traitée.
« Fourmillements nocturnes dans les doigts = canal carpien »
Non. Des fourmillements nocturnes dans les doigts peuvent venir d'une radiculopathie cervicale, d'un syndrome du défilé thoracique, d'une neuropathie périphérique systémique (diabète, hypothyroïdie), ou même de troubles vasculaires. L'EMG aide à préciser — mais il ne couvre pas tout le tableau.
« Si on n'opère pas, le nerf va être lésé de façon irréversible »
Seulement dans les formes sévères et évolutives. La grande majorité des formes légères à modérées peut être stabilisée ou améliorée avec un traitement conservateur approprié.
« L'ostéopathie, c'est bien pour le dos, pas pour une neuropathie »
Les techniques de mobilisation nerveuse, de relâchement des structures compressives et de correction posturale ont fait l'objet d'études cliniques spécifiques pour le SCC, avec des résultats positifs sur la douleur, les paresthésies et la fonctionnalité. Ce n'est pas réservé au dos.
Le mot de la fin
Le syndrome du canal carpien est une réalité clinique bien documentée. La chirurgie, quand elle est bien indiquée, fonctionne. Il n'y a rien à démythifier là-dedans.
Mais le nerf médian a une longue route à faire avant d'arriver au poignet. Et sur cette route, il peut se coincer à plusieurs endroits. Ignorer cette réalité anatomique revient à traiter la conséquence sans chercher la cause.
Ce que nous demandons, en consultation comme dans ce texte, c'est simplement ceci : avant de décider de l'opération, prenons le temps de vérifier que le poignet est bien le seul responsable. Parfois la réponse est oui — et on avance dans cette direction sans hésiter. Parfois non — et c'est quelques semaines de convalescence épargnées, un résultat plus durable, une histoire qui se règle sans bistouri.
Le cas par cas n'est pas une posture de prudence excessive. C'est ce que mérite chaque système nerveux.
Pour aller plus loin — Références scientifiques
- Atroshi, I., Gummesson, C., Johnsson, R., et al. (1999). Prevalence of carpal tunnel syndrome in a general population. JAMA, 282(2), 153–158. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10422950
- Upton, A. C., & McComas, A. J. (1973). The double crush in nerve-entrapment syndromes. The Lancet, 2(7825), 359–362.
- D'Arcy, C. A., & McGee, S. (2000). Does this patient have carpal tunnel syndrome? JAMA, 283(23), 3110–3117. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10866870
- Wainner, R. S., Fritz, J. M., Irrgang, J. J., et al. (2003). Reliability and diagnostic accuracy of the clinical examination and patient self-report measures for cervical radiculopathy. Spine, 28(1), 52–62. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12544957
- Bland, J. D. P. (2007). Carpal tunnel syndrome. BMJ, 335(7615), 343–346. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17693621
- Mackinnon, S. E. (2002). Pathophysiology of nerve compression. Hand Clinics, 18(2), 231–241. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12371030
- Novak, C. B., & Mackinnon, S. E. (2002). Multilevel nerve compression and muscle imbalance in work-related neuromuscular disorders. American Journal of Industrial Medicine, 41(5), 343–352. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11920966
- Vanti, C., Natalini, L., Romeo, A., et al. (2007). Conservative treatment of thoracic outlet syndrome. Europa Medicophysica, 43(1), 55–70. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17369782
- Haute Autorité de Santé (HAS). Syndrome du canal carpien (2012). has-sante.fr
- NICE. Carpal tunnel syndrome: management (2023). cks.nice.org.uk


